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03/03/2012

La Serbie est en passe d'obtenir le statut de candidat à l'Union européenne

 

Bruxelles considère que Belgrade a rempli ses obligations en engageant le dialogue avec le Kosovo

A moins d'un grain de sable diplomatique, la Serbie devrait d'ici à la fin de la semaine se voir octroyé le statut de candidat à l'Union européenne (UE), une étape indispensable avant l'ouverture de négociations d'adhésion. Soutenue par la France, cette perspective a longtemps été bloquée par l'Allemagne, qui conditionnait tout feu vert à des progrès en matière de dialogue entre la Serbie et le Kosovo, ancienne province serbe dont Belgrade refuse toujours de reconnaître l'indépendance, proclamée en 2008.

A portée de main, la décision était cependant suspendue mardi 28 février au matin - avant une nouvelle réunion des ministres des affaires étrangères des Vingt-Sept - à l'ultime opposition de deux Etats membres de l'UE : la Roumanie, soucieuse d'obtenir des garanties pour la minorité roumaine de Serbie, et la Lituanie, furieuse de voir ce pays présenter un candidat pour le poste de président de l'Assemblée générale des Nations unies, qu'elle convoite. Cette double opposition pourrait obliger chefs d'Etat et de gouvernement à se saisir du sujet lors du Conseil européen des 1er et 2 mars si la situation n'était pas débloquée mardi.

Pour le reste, les Vingt-Sept considèrent que la Serbie a rempli les ultimes conditions posées à l'obtention du statut de candidat, même si, à ce jour, aucune date n'est encore fixée pour l'ouverture des négociations. Le dialogue entre la Serbie et le Kosovo progresse, en particulier sur deux questions sensibles : la participation de Pristina aux réunions régionales dans les Balkans, et la gestion de leurs postes-frontières communs.

" Des conditions avaient été posées. Elles sont maintenant remplies ", a insisté le ministre des affaires étrangères français, Alain Juppé, lundi à Bruxelles. Un constat désormais partagé par l'Allemagne.

Pour les capitales européennes, le rapprochement entre Belgrade et son ancienne province est d'autant plus indispensable qu'elles se méfient d'avoir à gérer, dans la perspective d'une intégration progressive des pays des Balkans occidentaux, les conflits issus de l'éclatement de l'ex-Yougoslavie.

Déjà, la Slovénie, membre de l'UE depuis 2004, avait bloqué pendant plusieurs mois les négociations d'adhésion menées avec la Croatie en raison d'un différent frontalier maritime : les pourparlers n'ont pu reprendre, pour être clos à la fin 2011, qu'en échange de la promesse d'un arbitrage international, toujours en cours.

Numéro d'équilibriste

Le contexte politique serbe joue un rôle important. La montée en flèche de l'euroscepticisme à Belgrade a convaincu les Européens qu'il fallait donner des gages aux forces pro-européennes : début janvier, seuls 52 % des citoyens serbes se disaient prêts à voter " oui " à un référendum sur l'intégration européenne. Un nouveau report de la décision, après le refus de décembre, risque, selon les promoteurs de la candidature, de renforcer les partis nationalistes antieuropéens, à l'approche des élections législatives qui doivent se tenir fin avril ou début mai. " En accordant à la Serbie le statut de candidat, l'Europe fait un cadeau aux formations pro-européennes ", le Parti démocratique (DS) du président Boris Tadic et le Parti progressiste (SNS) de Tomislav Nikolic, estime Bosko Jaksic, commentateur politique au quotidien Politika.

Un diplomate français confirme qu'il est nécessaire de " conforter le président Tadic, un interlocuteur fiable et sincèrement engagé sur la voie européenne " mais affaibli par la crise économique sévère qui frappe la Serbie, où le chômage atteint 25 %.

A Bruxelles, M. Tadic a eu beau jeu d'affirmer que l'accord en vue confortait le slogan de son parti : " Autant l'Europe que le Kosovo ". Longtemps, ce numéro d'équilibriste entre les concessions à l'Europe et les exigences de fermeté vis-à-vis de l'ancienne province a paru mener à une impasse.

" Sans les gages donnés par Bruxelles, ajoute Bosko Jaksic, la prochaine étape, celle d'une reconnaissance inéluctable du Kosovo, serait tout bonnement inenvisageable. "

Philippe Ricard (bureau européen) et Benoît Vitkine


Source Le Monde

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