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23/06/2014

Batailles en série autour de la nomination de M. Juncker à la tête de la Commission

La désignation du président de la Commission agit comme un cruel révélateur des rapports de forces au sein de l'Union européenne. Chefs d'Etat et de gouvernement devraient, jeudi 26 et vendredi 27 juin à Bruxelles, approuver la nomination de Jean-Claude Juncker au poste occupé par José Manuel Barroso.

 

La décision constitue une petite révolution que bon nombre de dirigeants, à commencer par Angela Merkel, considéraient comme improbable, voire déplacée, voici quelques semaines. Le Conseil européen doit tenir compte du choix du Parlement européen en faveur du chef de file de la droite, arrivée en tête des élections européennes. Mais la désignation de ce vétéran de la zone euro tourne à l'épreuve de force avec le Royaume-Uni, en passe d'être isolé par ses partenaires continentaux, et suscite une fronde contre la politique d'austérité prônée par la chancelière allemande.

 

Afin de déminer un Conseil européen qui s'annonce explosif, son président, Herman Van Rompuy, devait rencontrer le premier ministre britannique, David Cameron, lundi 23 juin après midi à Londres. Dans son entourage, on préfère cependant affronter une crise avec le Royaume-Uni qu'un « clash institutionnel » entre le Parlement et le Conseil, où le candidat de la droite européenne dispose d'une solide majorité.

 

TOURNER LA PAGE DE LA CRISE DE LA ZONE EURO

 

David Cameron n'en démord pas. Lors du Conseil européen, il devrait appeler à voter pour ou contre Jean-Claude Juncker, ce qui constituerait une grande première entre chefs d'Etat et de gouvernement. « Si la volonté est de trouver un candidat consensuel, la décision devrait être reportée, mais si les dirigeants ne veulent même pas considérer d'autres noms, un vote doit avoir lieu », prévient une source britannique. « Il est important que chaque dirigeant prenne position clairement quand des principes aussi déterminants sont en jeu : accorder de nouveaux pouvoirs au Parlement à travers un compromis d'arrière-cour », ajoute la même source.

 

La probable nomination de Jean-Claude Juncker suscite aussi une sérieuse passe d'armes parmi les dirigeants qui le soutiennent. L'enjeu porte cette fois sur la politique économique à suivre pour tourner la page de la crise de la zone euro, quatre ans après le naufrage de la Grèce. Animée par Matteo Renzi, le président du conseil italien, et par François Hollande, la rébellion a pour cible l'austérité prônée par la chancelière allemande.

 

Samedi 21 juin à Paris, les chefs de gouvernements sociaux-démocrates européens ont officiellement soutenu la candidature de Jean-Claude Juncker, en espérant qu'il reprenne à son compte une partie de leurs demandes, en dépit des réserves d'Angela Merkel. « Les priorités que nous avons retenues, a expliqué François Hollande à l'issue de la rencontre, c'est d'abord la croissance et l'emploi, en utilisant toutes les marges, toutes les souplesses du pacte de stabilité et de croissance, et lancer un grand programme d'investissement pour organiser notamment la transition énergétique et l'indépendance énergétique de l'Europe. »

 

BAGARRE À DISTANCE AVEC LA CHANCELIÈRE ALLEMANDE

 

Les chefs de gouvernement sociaux-démocrates ne cherchent pas à renégocier le pacte de stabilité et de croissance, mais militent pour une application « intelligente » de cet instrument de discipline budgétaire. Selon M. Hollande, utiliser toutes les souplesses, signifie respecter les engagements. « Mais nous [pourrions] savoir quels sont les investissements qui rentrent ou ne rentrent pas dans le niveau des dépenses, c'est la proposition italienne », explique le président français, qui estime que « sur un certain nombre d'efforts liés aux fonds structurels, il pourrait y avoir des ajustements ». François Hollande a précisé qu'il avait été « mandaté pour porter ces orientations », lors du Conseil européen.

 

Dans cette bagarre à distance avec Angela Merkel, le chef de l'Etat a bénéficié du soutien appuyé du vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel. Ce dernier a rappelé la situation de l'Allemagne en 2003 : le gouvernement de Gerhard Schröder avait alors lancé son vaste plan de réformes, sans être en mesure de respecter ses objectifs de déficits. Le chef du Parti social-démocrate allemand reconnaît qu'on pourrait accorder la même souplesse à d'autres pays. Mais lui non plus ne dispose pas d'une grande marge de manoeuvre face à Angela Merkel.

 

Ses compatriotes sont dans leur majorité attachés au pacte de stabilité, mis en place à la demande d'Helmut Kohl pour discipliner les pays du Sud. Angela Merkel et le ministre des finances Wolfgang Schäuble ont recadré le débat, la semaine dernière, et de seconds couteaux ont pris le relais pour critiquer Sigmar Gabriel. Pour Steffen Kampeter (CDU, droite), secrétaire d'Etat auprès du ministre des finances, pas question de modifier le pacte. « Il y a des limites. C'est comme si nous refusions le compromis sur le salaire minimum », explique-t-il, pour bien faire comprendre aux sociaux-démocrates européens que, Juncker ou pas, l'heure n'était pas venue d'un changement de doctrine.

Source Le Monde

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